Un récent entretien à l’Observatoire nous a permis de suivre l’exposé d’un très bon analyste du marché de l’art en Chine.

La proclamation de la République populaire de Chine en 1949 avait stoppé net toute activité artistique. Ce n’est évidemment pas la révolution culturelle de 1966 qui allait déverrouiller le système. Il a fallu attendre le début des années 90 pour qu’un réel démarrage s’amorce.

Aujourd’hui, on répertorie près de 5.000 galeries dont 20 % sont consacrées à l’art contemporain. La plupart ont été créées après 2001.

Le chiffre d’affaires a été multiplié par cinq en deux ans, lié notamment à une réelle flambée des prix avec une hausse de 55 % par an au cours des cinq dernières années.

L’extraordinaire rapidité de développement du marché chinois lui a permis de rattraper le marché occidental.

En avril dernier, je vous parlais de la fragile troisième place occupée par la France sur l’échiquier mondial derrière les Etats-Unis et l’Angleterre.

La Chine alors classée 4e, vient de nous dépasser avec facilité.

Sur les cent premiers artistes les plus chers du monde, 41 sont chinois.

On assiste à l’émergence de grosses fortunes avec plus de 300 000 millionnaires en dollars US.

En 2004, le marché a été multiplié par 9 et a atteint 3,1 milliards de Hong-Kong dollars, et le volume est déjà passé à 12,5 milliards de Hong-Kong dollars pour le premier semestre.

On y observe une nette domination du Nord où Pékin concentre 43 % du marché contre 36 % pour la zone de Hong-Kong et de Macao.

Les régions de Shanghai et de Nankin regroupent en revanche guère plus de 8 % du marché.

Notre préoccupation est évidemment de savoir ce que l’on peut attendre des échanges, depuis la France, vers la Chine.

Il semble qu’il s’agisse principalement de rapatriement d’œuvres d’art chinoises, tels les cachets impériaux de la collection personnelle d’Emile Guimet, le sceau chinois de l’empereur Kangxi (1662-1722) qui a été acquis le 14 juin dernier au prix record de 4 700 000 euros, ainsi ,que les deux têtes de rat et de lapin XVIIIe adjugées 15,7 millions d’euros chacune au cours de la vente Yves-Saint-Laurent.

Bien qu’importées en France depuis 1860, la Chine exige leur retour au palais d’été de l’Empereur Qian Long.

Il est constaté que les Chinois s’intéressent très peu à notre marché et à nos créations, à l’exception des années trente qui rencontrent un certain succès dans les classes intellectuelles.

L’émergence récente du marché de l’art en Chine ainsi que l’impressionnante rapidité de son développement nous conduit à imaginer les potentialités de cet immense pays.

Est-ce que l’occidentalisation de leurs goûts deviendra une nouvelle donne qui nous conduira à porter notre regard professionnel vers le pays de Confucius ?

Est-ce que la rapidité avec laquelle le marché chinois a rattrapé le marché occidental peut redynamiser les places européennes ?

Imprégnés de notre impatience fébrile, nous voulons y croire.

Michel GOMEZ

Président du SNCAO et Galeries d’Art

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