A l’occasion de nombreux débats, colloques, conférences auxquels il m’est donné d’assister ou de participer, sont abordés principalement les thèmes liés à l’évolution du marché de l’art et qui prennent en considération ses exigences et ses astreintes, ses ouvertures et ses espoirs.

Quelques décideurs nationaux ont quelquefois exprimé à notre intention : « que si notre capacité d’influence était renforcée, le marché de l’art se porterait mieux ».

Cependant, tous les acteurs privés ou publics évoquent de façon récurrente le déclin de l’attrait du marché français, les chiffres sont à cet égard sans appel. La part de marché de la place de Paris est passée de 9,3 % en 2003 à 6 % en 2008.

Le dynamisme du marché de l’art souffre de notre manque de capacité à nous fédérer.

Ce jugement est souvent porté par certains observateurs du marché. Ils soutiennent notre faculté à entretenir des antagonismes qui s’avèrent inconciliables, où nous maintenons des clivages excessifs entre secteurs public et privé, nourris de méfiance et d’incompréhensions réciproques… bien de chez nous !

Par définition, le marché de l’art ne se conçoit pas autrement que dans un rapport faussement contradictoire car étroitement lié entre l’art et l’argent. Il y a des antagonismes qu’il est impossible de taire. Les affirmations sentencieuses, le dirigisme envahissant du Président Directeur Général de Sotheby’s France sont, à mon sens, de nature à inquiéter les 15.000 commerçants indépendants qui à travers leurs spécificités ont minutieusement façonné et entretenu la trame protectrice de notre patrimoine depuis plusieurs décennies.

Ils ont su créer un tissu relationnel avec le public qui tranche singulièrement avec la façon mécanique et impersonnelle que pratiquent Christie’s et Sotheby’s. Ces deux multinationales, n’en doutons pas, finiront par accrocher à leur palmarès le marché de l’art français dans sa globalité, à l’image de la Chine qui détourne jour après jour les qualifications occidentales par le biais de délocalisations massives dont on connaît les causes.

Ces deux géants internationaux de la vente aux enchères sont en passe d’apposer leur sceau sur l’ensemble du marché français, tous niveaux confondus. Délivrées de tout obstacle qu’elles sont parvenues à gommer, les ventes Prestige de notre patrimoine se multiplieront mais au-delà de l’Hexagone.

Quant à celles qui se dérouleront sur notre territoire, elles bénéficieront de l’adoption que je crains imminente de la transposition de la Directive de Bruxelles. Par la grâce des ventes de gré à gré, les Sociétés de Ventes Volontaires pourront étendre à nos dépens leurs moyens d’action.

Les maîtres du marteau verront ainsi leur attente récompensée et leur demande exaucée grâce, somme toute, à un législateur assez complaisant et pour tout dire pas très regardant.

 

Michel GOMEZ

Président du SNCAO-GA

 

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