Discours du Président Michel Gomez prononcé à la Mairie du IXe arrondissement de Paris lors de l’Assemblée Générale du 21 avril 2009

Mes Chers(es) Collègues,

A l’aune d’une ère qui s’avère prometteuse de récession et de contraintes, je ne tenterai évidemment pas de vous convaincre de notre bonheur d’être ce que nous sommes, alors que nous stagnons dans l’incertitude de notre avenir professionnel.

Comme tous les investisseurs fortunés, les collectionneurs passionnés, nos clients amateurs ou nos visiteurs émerveillés, nous étions tous emportés ces dernières années dans une bulle dont nous n’imaginions pas qu’elle pouvait éclater.

Ce bang, fatal pour certains, a un effet déstabilisant même pour les moins exposés. Il nous contraint en tout état de cause à reconsidérer nos projets.

La crise nous conduit à nous glisser nous aussi, et bien malgré nous, dans le sillage du malaise social.

L’évolution du marché de l’art

II y a ceux qui, parmi nous, savent maîtriser les effets du ralentissement économique. Ils parviennent à considérer comme négligeable la chute des marchés financiers et immobiliers sans y perdre leur argent ou rentabiliser à leur profit le malaise ambiant sans y perdre leur âme. Les sphères supérieures nous en font sans vergogne une très immorale démonstration.

Plus proche de nous, qu’observe-t-on ? Un important effet de mode par nature surprenant, imprévisible et éphémère. La subtilité est de savoir faire naître dans les esprits le goût de l’insensé et de l’inutile, en proposant une surabondance de pseudo-créations très tendances faussement déco et un tantinet « bobo ».

Et puis il y a l’évolution des goûts qui, massivement exprimés, nous dessinent probablement la voie qui sera désormais la nôtre : la cohabitation de l’art d’hier et d’aujourd’hui, alliant le charme de l’ancien et le lumineux contemporain, bien que parfois déconcertante.

C’est très probablement à ce nouveau concept que l’on devra un renouvellement très attendu de notre clientèle.

C’est en 2003 que le SNCAO a décidé d’accueillir comme composante du Conseil d’Administration les représentants des galeries d’art. C’était une démarche prémonitoire qui s’inscrit parfaitement dans la réalité d’aujourd’hui.

Loi de Modernisation de L’Economie

Ce projet de loi fut présenté par Christine Lagarde le 28 avril 2008 en Conseil des Ministres, débattu en mai à l’Assemblée Nationale, amendé en juin au Sénat, puis voté le 22 juillet par nos Députés.

Cette chevauchée endiablée a laissé bien peu de place au SNCAO-GA pour s’infiltrer dans les entretiens avec les Ministères concernés.

Ce régime est ouvert aux seules personnes qui réalisent un chiffre d’affaires inférieur à 80 000 €.

1) Dispositions d’ordre juridique

Cette loi est insérée dans le Code de Commerce, à l’article L.123-1-1 et permet à toute personne salariée dans le public ou le privé, ou retraitée, d’être dispensée de l’immatriculation au Registre du Commerce. En revanche, le créateur doit effectuer une déclaration d’activité au Centre de Formalités des Entreprises.

2) Dispositions d’ordre fiscal

– Tenue d’un livre de recettes

– Tenue d’un registre des achats

Avec pièces justificatives.

3) Dispositions d’ordre social

S’acquitter de ses cotisations sociales sous la forme d’un prélèvement mensuel de 12 %.

Conséquences :

Voilà une niche refuge inespérée pour les adeptes du paracommercialisme ainsi légalisé à peu de frais.

En revanche, le commerce est victime d’une fragilisation aggravée dans son implantation, son organisation et ses compétences, mais est-ce une préoccupation ministérielle ?

Je ne le pense pas.

Internet – Ebay

Notre Commission Internet constituée de plusieurs syndicats du marché de l’art, a rencontré à plusieurs reprises les principaux dirigeants d’eBay France, en présence des représentants du Ministère de l’Intérieur (OCBC), du Mimstère des Finances (les Douanes) et d’autres administrations.

Notre objectif : progresser dans la sécurisation d’Internet tant pour les acheteurs que pour les vendeurs.

Nous avons obtenu que soient mis en ligne par eBay certains droits et obligations destinés à avertir acheteurs et vendeurs. Un communiqué commun est en préparation. Quelques contradictions restent cependant à gommer concernant l’obligation d’afficher son identité.

En effet, il est à noter cette dissymétrie existante entre :

– l’obligation faite aux professionnels qui, au regard de leur livre de police, doivent assurer la traçabilité de l’objet, donc mentionner l’identité de leurs vendeurs.

– et l’absence totale de toute exigence faite aux gérants de plates-formes concernant l’identité des particuliers internautes.

Aussi, dans L’intérêt de tous, une disposition légale devrait être trouvée prochainement.

Journées Nationales du Marché de l’Art

Association « Le Marché de l’Art en Fête »

Le premier rendez-vous de tous les acteurs du marché de l’art les samedi 18 et dimanche 19 avril derniers, antiquaires, galeristes, brocanteurs, libraires, numismates, philatélistes et experts ont massivement accepté de sortir de leur pudique réserve et de rompre, au moins le temps de cet événement, avec cet individualisme faussement protecteur qui n’a jamais eu d’autre effet que celui de nous reléguer aux yeux des médias et du grand public au rang peu glorieux d’acteurs mineurs du marché de l’art.

Cette idée, initiée au départ par le SNCAO-GA, a mûri au sejn du Comité de Liaison du Marché de l’Art, a amorcé sa croissance avec la création de l’association « Le Marché de l’Art en Fête », et a bénéficié, fait sans précédent, de l’adhésion totale des Syndicats nationaux représentatifs du marché de l’art.

Nous avons pu très tôt nous réjouir du patronage du Ministère de la Culture, d’une importante participation de la Mairie de Paris, de la logistique de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, d’autres C.C.I, de Conseils Régionaux et de Conseils Généraux, ainsi que de plusieurs sponsors (Plantation Resort, Bénézit).

Cet événement est destiné à souligner et à promouvoir l’activité des 16.000 professionnels indépendants du marché de l’art, à valoriser le rôle irremplaçable de savoir-faire, de connaissance et de contact humain que le marchand, qu’il soit antiquaire généraliste ou spécialisé, galeriste d’art, brocanteur ou artisan d’art, peut offrir au public.

Au-delà de ces dossiers brièvement développés, il en est d’autres qui sont également au centre des préoccupations de votre Conseil d’Administration :

– Le Comité d’Ethique et sa Charte. De trop nombreux organisateurs s’éloignent trop souvent de ses principes déontologiques.

– Le Label (marque de qualité et d’authenticité) et qui fait L’objet de nombreuses demandes.

– Le statut de l’expert et les aberrations de sa prescription extinctive (l’art. 2224 de la loi du 17 juin 200S en est une regrettable illustration).

– Les contrefaçons dont la crise accentue la commercialisation.

Enfin, notre vigilance est constamment soutenue envers l’ensemble du dispositif législatif et fiscal, au sein duquel doit évoluer notre profession, plus que jamais en quête de protection.

Nous le savons tous, pour cause de récession économique, l’appréciation des mois à venir est très confuse.

Aussi, Mesdames et Messieurs, j’espère que vous me pardonnerez ma prudente conclusion qui m’est inspirée par Saint-Exupéry :

« Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir mais de tenter de le rendre possible ».

Je vous remercie de votre aimable attention.

Michel GOMEZ

Président du SNCAO et Galeries d’Art

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