Voici une lettre ouverte adressée par une professionnelle de la brocante, adhérente au SNCAO-GA, aux organisateurs de foires et de salons d’antiquités… Cette lettre a également été publiée dans le numéro de Juin 2011 du magazine « Antiquités Brocante ».

J’exerce le métier de brocanteuse depuis plus de 20 ans ; car il faut bien parler d’un métier à part entière. De nos jours, ce terme est galvaudé et terni par des marchands peu scrupuleux et sans éthique. Mais ils sont encouragés par vous, Mesdames et Messieurs les organisatrices et organisateurs de foires et salons.

Je m’adresse à vous aujourd’hui, car vous devez prendre conscience que vous êtes un maillon de la chaîne de notre profession qui est capital à notre survie. Jusqu’ici, chacun courbait la tête et subissait vos hausses de tarifs intempestives, vos faveurs accordées à certains et pas à d’autres sur des critères entièrement personnels et non qualitatifs, ou bien encore votre laxisme sur l’authenticité de la marchandise. Vous nous dupez sur de nombreux points.

La publicité n’est pas conforme à ce que vous annoncez. A cela, vous vous défendez en invoquant le fait que la plupart des municipalités et les DRIRE n’autorisent pas la pose de panneaux au bord des routes sous peine d’amendes. Mais que faites-vous des vide-greniers, diverses associations, ventes de tapis et autres qui ne se privent pas de cet affichage ? Réagissez auprès des autorités compétentes ; ou alors, si vous ne pouvez décidément pas faire correctement la publicité souhaitée, ne venez pas nous demander des prix d’emplacement astronomiques.

Ce qui nous amène aux prix des places. Certains nous prennent pour des « vaches à lait ». Alors que notre profession est touchée, comme les autres, mais comme nous exerçons dans le domaine du superflu, la répercussion se fait plus sentir, vous n’hésitez pas à nous imposer des 10 % voire plus, d’augmentation d’une année sur l’autre et ce sans justificatif. Nous pouvons être tentés de croire que vous désirez dégager un super bénéfice avant, pour certains qui sont en fin de carrière, de partir à la retraite… Fidélisez vos exposants (ceux qui n’exposent que de l’authentique !) par une remise au terme d’un nombre déterminé de manifestations ; accordez des tarifs préférentiels pour les moins de 35 ans qui ne peuvent aller sur de grands salons faute de trésorerie et se voient ainsi écartés de ce secteur d’activité. Accordez une faveur à ceux qui parrainent d’autres marchands (les mêmes que précédemment…).

Fait beaucoup plus grave à mes yeux, votre manque de rigueur quant au remplissage de vos manifestations. Vous vous souciez peu de la qualité de la marchandise exposée, si ce n’est au départ sur vos beaux règlements ! « Toute marchandise neuve, copie ou remontage est interdite sous peine… ». Sous peine de rien ! Car lorsque vous constatez les faits, vous ne pouvez que nous répondre : « Sinon, je ne pouvais pas remplir ». Certains d’entre vous, et ils sont peu nombreux, ont le courage d’annuler la manifestation, mais pour la majorité d’entre vous, vous nous emmenez dans des « galères » où non seulement nous perdons de l’argent, notre énergie, notre temps et surtout notre crédibilité auprès de notre clientèle. Cette clientèle est aussi la vôtre. Pensez-vous qu’elle va venir longtemps voir 15 exposants dont la moitié ne vend que du neuf ou de la copie et payer 3 ou 4 euros l’entrée ? Vous êtes en train de scier la branche sur laquelle vous êtes assis et par la même occasion, vous allez nous entraîner dans votre chute.

Les syndicats tentent de nous défendre auprès des autorités nationales contre le commerce parallèle, les lois qui nous réglementent et qui ne sont pas toujours adaptées à notre travail mais, en fait, le ver est dans le fruit. A la base, il faut tous se mobiliser, chacun dans son domaine de compétence, afin de pouvoir pérenniser notre métier. Ne voyez-vous pas toute cette clientèle qui se désintéresse petit à petit de la brocante ? La raison ne se trouve pas uniquement dans « la crise » ou l’afflux de vide-greniers ou Internet ; remettez-vous en question et si vous voulez encore exercer ce commerce honnêtement, venez-en discuter avec nous, les brocanteurs et les antiquaires.

 

Christine T. 

 

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