Le Conseil d’Administration du SNCAO-GA n’a pas la prétention d’être cette instance nationale ayant la capacité à vous apporter, sans défaillir, la solution aux nombreux problèmes auxquels nous sommes régulièrement confrontés. Nous ne sommes évidemment pas des avant-gardistes éclairés mais plus prosaïquement un groupe d’action et de réflexion, confronté comme vous aux incertitudes du marché de l’art et aux difficultés du négoce. Puis, en même temps, nous avons le devoir d’affirmer notre place dans le concert des décideurs et de définir notre parcours auprès de nos partenaires nationaux. 

 

Le Marché de l’Art en Fête

 

Le « Marché de l’Art en Fête » fut un projet ambitieux qui aurait pu devenir une merveilleuse aventure, hélas prématurément interrompue.

Le concept a pris sa source en 2007 à l’occasion des Etats-Généraux et consistait à créer un évènement destiné à sensibiliser les médias sur la prédominance du marché traditionnel par rapport aux ventes aux enchères, alors que la presse en fait à tort une traduction inverse.

En créant officiellement pour la circonstance l’association « Le Marché de l’Art en Fête », nous réunissions (fait sans précédent) la totalité des instances nationales représentatives de notre activité. En fait, très tôt, nous avons dû reconnaître que nous avions créé un géant aux pieds d’argile. Le rayonnement entre certains partenaires était trop dissemblable et compromettait du même coup l’indispensable cohésion nécessaire dans une telle aventure.

La dissolution de l’association n’a pu être évitée, malgré :

  • Une conférence de presse tenue au Ministère de la Culture.
  • Un colloque et plusieurs conférences de haut niveau les 18 et 19 avril à l’Hôtel de Ville de Paris.
  • Ainsi que des actions remarquables que vous avez conduites à Paris ou en Province (Bordeaux, le Gers, le Jura, Rouen, la Bourgogne et tant d’autres).

Cette interruption n’est pas définitive car nous avons déjà engagé une réflexion sur une idée approchante, à une date qui reste à fixer. 

 

Etre antiquaire, brocanteur ou galeriste aujourd’hui

 

Pour les acteurs du marché de l’art que nous sommes, être antiquaire, brocanteur ou galeriste demeure une passion, même si la crise sans précédent que nous traversons nous invite à plus de prudence. Elle nous impose quelques adaptations, parfois même nous pousse à prendre des orientations contraires à nos habitudes, à nos goûts, à notre sensibilité.

Etre professionnel :

  • C’est être souvent plus passionné que gestionnaire.
  • C’est gérer le présent parfois au détriment d’une réflexion prospective.
  • C’est s’être laissé surprendre par l’inquiétante phase conjoncturelle. J’ajouterai : comme tout le monde, puisque l’on constate que même les économistes les plus avertis n’avaient rien prévu.

 

Etre professionnel, c’est également pour une part importante refuser de voir l’évolution structurelle du marché de l’art :

  • Un marché à l’exportation qui a cessé d’être, pour avoir trop été.
  • Notre patrimoine qui s’est réduit de 50 % au cours des 40 dernières années.
  • L’évolution des goûts : le marché de l’ancien a perdu ses repères du fait de la concurrence avec le Contemporain, le Moderne, le Design. Ces marchés avancent eux-mêmes en ordre dispersé et de façon parfois chaotique (des enchères records alternent avec des chutes vertigineuses).
  • Le développement d’Internet.

 

Il est bien évident que nous n’avons pas tous le même degré de résistance, que ce soit financièrement ou professionnellement. Warren Buffett l’exprimait à sa façon : « C’est quand la marée se retire qu’on voit ceux qui ont un maillot et ceux qui n’en ont pas ». 

L’introduction de l’art contemporain sur le marché de l’ancien est furieusement tendance. Surfant sur l’engouement pour la création moderne, de nombreuses manifestations soucieuses de leur avenir et de leur clientèle espèrent par ce biais attirer le jeune public souvent ignorant de la culture classique. 

 

La transposition de la directive « Services »

 

Cette transposition, sous la pression du duopole Christie’s et Sotheby’s, vise à modifier la loi de 2000 portant réglementation des ventes volontaires de meubles aux enchères publiques. Elle donnerait aux commissaires-priseurs la possibilité de procéder de façon permanente à des ventes de gré à gré, à leur convenance, en plus de leur activité classique liée à l’organisation de ventes aux enchères.

Les ventes de gré à gré sont une spécificité du commerce indépendant et il nous appartient de manifester notre opposition à cette réforme. Cette opposition, nous l’avons exprimée auprès des Ministres Michèle Alliot-Marie et Pierre Lellouche, ainsi qu’à travers d’autres rencontres dont certaines se sont déroulées dans le cadre du Comité de Liaison du Marché de l’Art, animé par Gérard Champin. Cette transposition, si elle était votée en l’état, porterait un préjudice considérable à notre activité. Elle déstabiliserait de façon durable le marché traditionnel français en le vidant progressivement de sa substance, cela à tous les niveaux de notre activité, n’en doutons pas. 

 

Le Conseil d’Administration du SNCAO-GA

 

En France, nous avons une propension naturelle qui consiste à pourfendre ceux que l’on vient d’élire, au prétexte que leur nouvelle fonction les expédie en terre inconnue et les déconnecte de la réalité. Souvent, pour cette raison-là, on constate une rupture entre ceux qui sont chargés d’élire et ceux qui sont élus. 

Cela ne peut être le cas au niveau du Conseil d’Administration du SNCAO-GA où nous avons statutairement l’obligation d’être professionnel. Nous tenons bien là le meilleur moyen d’être imprégnés de l’esprit et des subtilités de notre profession. Que nous soyons élus au Conseil d’Administration ou Présidents départementaux, nous sommes (tous niveaux et toutes spécialités confondues) des acteurs du marché de l’art. Notre survie professionnelle est indissociable de notre capacité à gérer nos affaires. Il importe de connaître pour convaincre et de s’investir pour transmettre. 

L’importance du SNCAO-GA est aujourd’hui renforcée par notre engagement constant sur les grands dossiers qui interfèrent dans notre activité. Décrets, projets de lois, directives européennes sont autant de pistes de travail qui servent de base aux discussions élaborées par notre groupe de réflexion.

Si nous présentons la faiblesse de ne pas toujours réussir ce que nous entreprenons, nous avons la force d’action nécessaire pour être intervenant le plus largement possible, là où on s’exprime sur le dossier du marché de l’art. 

Et quelque part, concessions obligent, j’affirme qu’une parcelle de votre Conseil d’Administration et par conséquent de vous-même, imprègne une grande partie des textes qui gèrent notre activité. Telle est l’empreinte que le SNCAO-GA souhaite laisser de son passage.

 

« Qui a la force a souvent la raison mais qui est faible ne peut éviter d’avoir tort ». Nous devons cette citation à Richelieu. Ce dernier devait sans doute, en l’énonçant, penser au SNCAO.

 

Mesdames et Messieurs, Chers Collègues, je vous remercie de votre aimable attention.

 

 

Michel GOMEZ

Président du SNCAO et Galeries d’Art

 

 

Cet éditorial contient des extraits du discours prononcé par M. Gomez à la Mairie du 9ème arrondissement de Paris à l’occasion de l’Assemblée Générale.

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