Trente cinq millions d’euros, c’est le montant de la vente record que Sotheby’s vient de réaliser à Londres concernant l’adjudication d’une œuvre de Francis BACON.

Les jours qui ont précédé ont additionné un nombre important de résultats aussi époustouflants sous le marteau des grandes maisons de vente.

Il s’agit d’un nouveau record mondial qui était détenu depuis novembre par Jeff KOONS.

Tous ces enchérisseurs impénitents se dénombrent parmi les plus grosses fortunes de la planète qui ont tant à faire pour dépenser tant d’argent.

Puis c’est à l’unisson que les médias ont exprimé leur émerveillement d’un marché de l’art qu’ils estiment confortablement installé au sommet de l’Olympe, or il ne s’agit que de placements financiers.

Pour ces richissimes investisseurs, l’art n’est pas un but mais une rampe de lancement.

Il est tentant de se laisser bercer suavement par cette presse dithyrambique, pour peu, nous serions enclins à penser que nous nagions dans l’opulence et nous ne le savions pas.

Plus prosaïquement, dans nos galeries, nos boutiques, sur nos salons ou nos foires, nous sommes confrontés à la réalité d’un marché qui piétine.

Il nous expose à la difficulté du quotidien ou à l’exigence des échéances mensuelles que l’on peine quelques fois à honorer.

Nous avons longtemps pensé que la réduction importante de notre patrimoine (les exportations l’ont réduit de 50 % au cours des 40 dernières années) serait la seule cause de nos difficuLtés à venir.

Nous misions sur une relation durable et une demande constante du public à laquelle nous n’opposions que la crainte de la réduction de nos stocks.

Au cours de ces vingt dernières années nous avons pu observer un prolongement d’intérêt de notre clientèle pour les périodes de la fin du XIXème et de la première moitié du XXème, tout en sachant que le glissement s’opérerait inexorablement vers la fin du XXème.

Aujourd’hui, ce qui ne manque pas de nous surprendre, c’est que le choix du collectionneur pour les périodes actuelles s’exprime au détriment des créations des siècles précédents.

La peinture, les bois dorés, les éléments de décoration et les beaux objets des XVIIème, XVIIIème et XIXème siècles ont en partie conservé les faveurs du marché même s’il se montre plus exigeant et plus sélectif qu’auparavant.

En revanche, notre mobilier tant apprécié chez nous et dans le monde comme l’expression du bon goût Français est tombé en disgrâce.

Cette convoitise universelle était motivée par :

• Des notions d’esthétique mais aussi de placement.

• La nostalgie d’un passé et le témoignage de notre histoire.

Ce choix exprimait également une réaction face à notre environnement et était dû au peu de crédit que l’on accordait à l’ameublement moderne dont le style contemporain n’arrivait pas vraiment à s’affirmer.

L’évolution des goûts du public a profondément modifié ses choix et même inversé les tendances.

Ami(e)s antiquaires, brocanteurs et galeristes, c’est assis sur des strapontins très inconfortables qu’en tant qu’acteurs, nous vivons de l’intérieur l’évolution de notre marché de l’art.

J’espère malgré tout, que nous parviendrons longtemps encore à nous adapter aux fluctuations de ce marché qui nous impose aujourd’hui sa révolution culturelle.

Michel GOMEZ

Président du SNCAO et Galeries d’Art

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