Dans un article précédent, j’affirmais la montée en puissance de la Chine sur la place du Marché de l’Art, toutes époques confondues. Elle se hissait à la troisième place derrière les Etats-Unis et le Royaume-Uni et reléguait ainsi la France à la quatrième place. 

Nous devons également prendre en compte l’extraordinaire dynamisme des marchés dits émergents, l’Inde, l’Amérique du Sud ou le Moyen-Orient. 

En 2007-2008, le marché de l’art contemporain offrait une résistance spectaculaire à la sinistrose économique engendrée par la crise des subprimes, puis à la rentrée 2008 on assistait à la fin de l’euphorie.

L’art contemporain a basculé après sept années consécutives de hausse des prix. Il avait à répondre à une demande accrue stimulée par de nouveaux acheteurs venus d’Asie ou de Russie, mais aussi par la multiplication des spéculateurs en art alléchés par la rapidité des plus-values. Les prix de l’art contemporain ont explosé de plus de 85 % entre 2002 et 2008, notamment pour le haut de gamme.

Au cours de cette même période, le nombre d’enchères millionnaires progressait de 620 %. 

Cependant, le secteur le plus volatil et le plus spéculatif du marché de l’art fut le premier à souffrir de la dégradation de l’économie mondiale et de l’effondrement des places boursières. Le marché de l’ancien réputé plus stable, ne tardât cependant pas à lui emboîter le pas.

Cette rétractation de la demande est liée à la perte de liquidités sur le marché avec comme conséquence l’instauration d’un nouveau climat de défiance. 

La revue AMCI (Art Market Confidence Index) passe au crible les nombreuses causes de cette dégradation :

  • Entre octobre 2008 et mars 2009, les nouvelles fortunes en Inde, Russie ou Turquie disparaissaient (plus de 300 milliardaires à l’échelle planétaire nous dit-on).
  • Les banques cessaient de soutenir les collectionneurs d’art.
  • Les subventions privées américaines dédiées aux mouvements d’œuvres d’art s’atrophiaient.
  • Quelques grands rendez-vous de l’art étaient annulés, et bien d’autres plus modestes. 

Au-delà de ce bang artistique planétaire, on assiste cette année à une formidable résistance du Royaume-Uni. Elle est due au cas surprenant de Damien Hirst qui n’en finit pas d’additionner les enchères millionnaires. Il passionne le monde de l’art et le grand public avec ses animaux découpés et plongés dans le formol. Damien Hirst fut sacré en 2009 l’artiste le plus fortuné et le plus coté au monde. L’annonce de ce résultat fut d’autant plus remarquée qu’il coïncidait avec la faillite de la banque Lehman Brothers le 15 septembre.

Au sommet de la hiérarchie, il siège en bonne compagnie avec Jean-Michel Basquiat, Richard Prince ou Jeff Koons (dont le homard géant a dignement reposé à Versailles en 2009 dans la chambre de Louis XIV). 

Si l’art à travers l’histoire peut être envisagé comme une valeur refuge, ce n’est à mon sens certainement pas sur les créations contemporaines, avec tout ce qu’elles représentent de volatile et d’instable. 

La valeur vénale prend allègrement le pas sur la valeur symbolique, esthétique, culturelle et émotionnelle de l’art. 

Cependant, osons espérer, mes Chers(es) Collègues, que la « Lockheed Lounge » du designer Marc Newson ou le « Golden Calf » du créateur contemporain Damien Hirst auront un effet dynamisant sur le marché dont bénéficiera chaque acteur du marché de l’art quelque soit son niveau d’activité. 

 

Michel GOMEZ

Président du SNCAO-GA

 

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