La cohabitation des anciens et des modernes conduit souvent à des incompréhensions et peut quelquefois déboucher sur des conflits d’idées et des oppositions de goût.

Le meuble ou objet ancien fut contemporain de son époque. Il est et sera définitivement l’un des meilleurs témoins de son temps.

L’intérêt en faveur de « l’ancien » est multiple. Pour les uns, c’est la valeur d’un placement, voilà d’ailleurs une affirmation quelque peu écornée de nos jours. Pour les autres, c’est la nostalgie d’un passé.

Mais pour beaucoup, le peu de crédit que l’on accordait aux créations modernes et à un style qui ne parvenait pas à s’affirmer a pendant longtemps confiné la création contemporaine dans un espace clos dont l’émergence fut laborieuse.

Constance Rubini forme des designers dans plusieurs écoles spécialisées dont les Arts Déco à Paris, et dirige la revue Azimuts. Elle porte un regard circulaire sur l’état du design contemporain. « La création c’est le tiraillement entre l’esthétique et le fonctionnel ».

Ses étudiants sont orientés très tôt vers la définition d’un concept aux formes moins travaillées qu’elles ne l’étaient auparavant. Aujourd’hui, l’informatique joue un rôle à partir du moment où l’ordinateur crée une ligne et définit des contours.

La question de la beauté d’un objet semble devenue secondaire. « On a l’impression que la plasticité passe au second plan », reconnaît l’auteur.

Il semble par ailleurs qu’il y ait en France une culture du design moins développée que dans d’autres pays européens, nordiques principalement. A cela, plusieurs raisons. L’une d’elles est que nous vivons sur notre réputation. Il s’agit d’un acquis d’une importance considérable. La France a l’un des patrimoines nationaux les plus convoités dans le monde.

D’une certaine manière, notre Pays est victime du poids de son passé et sa curiosité pour la nouveauté a pu s’en trouver réduite.

L’abondance de production de chaque création récente parfois déstabilise l’amateur. Il se perd souvent entre pièce unique et édition limitée, ou celles à très grand tirage qui lui sont proposées.

Mais les artistes n’ont pas tous converti leur création à une échelle industrielle même si Prouvé, Perriand, Royère et quelques autres ont excellé dans cette voie.

Autre fait marquant, les Trente Glorieuses auront fait passer le marché de l’art d’un rationalisme devenu tabou à un utopisme éclairé et tellement tendance… qu’on ne saurait s’y soustraire.

 

Michel GOMEZ

Président du SNCAO-GA

 

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