La plus vieille institution de ventes aux enchères du monde est née en 1852, il s’agit de DROUOT. Cette grande maison qui a si souvent été placée sous les feux de la rampe pour ses ventes célèbres ou ses visiteurs prestigieux, n’occulte cependant pas chaque journée ordinaire de ventes courantes où la foule se presse en rangs serrés dans l’une des seize salles exiguës du célèbre hôtel.

Puis, comme au théâtre, l’homme au marteau entre en scène accompagné de ses collaborateurs. Sur scène ou plutôt dans la salle, les commissionnaires, veste noire col à liseré rouge, sont prêts à présenter et à remballer les lots. Mais cela c’était hier car ce scénario qui était si familier aux habitués de ce rendez-vous quotidien a cessé d’être, tout au moins sous cette forme.

Le 21 juillet, l’Union des Commissionnaires de l’Hôtel des Ventes (UCHV) qui regroupe 110 commissionnaires cooptés, surnommés les « Savoyards » ou les « cols rouges », a été mise en examen pour recels de vols et complicités. Ils ont été interdits d’exercer leur activité ainsi d’ailleurs que quelques commissaires-priseurs (décision judiciaire) à compter du 1er septembre 2010.

Peut-être risque-t-on d’assister à la dislocation d’une institution. Une sorte de confrérie mystérieuse au fonctionnement immuable, dont l’existence remonte au milieu du XIXe siècle, va être invitée à faire la lumière sur un système de fonctionnement jugé occulte.

Les Savoyards, en référence à leur région d’origine, régnaient sans partage sur l’hôtel des ventes. Les déménageurs manutentionnaires jouissaient du monopole du transport, du stockage et de la présentation des lots à la vente.

Cette corporation a toujours fonctionné en vase clos selon des règles égalitaires et uniformes. Ils portent une tenue identique, travaillent plus de soixante heures par semaine et gagnent en moyenne 4 000 € par mois. Leur nombre est depuis longtemps fixé à 110. Quand l’un d’entre eux cesse son activité, il est remplacé par cooptation ainsi que par l’achat de la charge de son prédécesseur.

Un tableau de Gustave Courbet semble être l’élément déclencheur qui a décidé les enquêteurs de l’O.C.B.C. à sortir de leur filature discrète puis un tableau de Chagall et d’autres lots de valeurs approchantes sont également venus attiser l’intérêt des enquêteurs.

Avec l’interpellation de cette confrérie connue, peut-être risque-t-on d’assister à la fin d’un mythe. Et puis cette histoire qui s’emballe semble devoir atteindre au passage quelques « chers Maîtres » jugés au dessous de tout soupçon.

Toutefois, les fidèles de cette grande maison peuvent rester confiants. La source inépuisable des lots proposés et la ronde incessante des visiteurs et des enchérisseurs, contribueront d’entretenir la légende et de maintenir la spécificité de l’Hôtel Drouot, celle d’être à la fois une auberge espagnole et la caverne d’Ali Baba.

 

Michel GOMEZ

Président du SNCAO-GA

 

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