L’histoire du marché de l’art est ainsi faite ; elle est une science à l’exactitude très relative où les pièges et les surprises, bonnes ou mauvaises, abondent.

La certification de l’authenticité d’une création dépend trop souvent d’autorités auto-proclamées auréolées de titres flatteurs où contre toute logique le savoir n’est pas toujours le seul référencement.

Le très haut de gamme, les œuvres maîtresses accrochées aux prestigieuses cimaises, les pièces de musée, ne sont pas les moins exposés aux expertises incertaines ou douteuses, là où l’on pourrait précisément attendre un diagnostic sans faille, sous couvert des moyens les plus sophistiqués mis en œuvre… d’art bien entendu !

Exemple : cette partition qui s’est jouée sur un vrai faux Monet « La Meule » dont le parcours chaotique retarda quelque peu l’heureuse conclusion.

En 1990, un marchand avait acquis pour 2.500 francs cette peinture en mauvais état à laquelle il ne manquait que le certificat de l’institut Wildenstein réputé comme étant l’avis universel le plus autorisé en la matière et sur ce peintre. Suite à un refus d’authentification (pour cause de copie fut-il répondu), le marchand convint en 1995 de le céder pour 50.000 francs. Puis en 2005 ce tableau réapparut en vente publique aux USA, à hauteur de 13 millions d’euros et reconnu comme un authentique Monet par le même institut Wildenstein qui avait refusé quinze ans plus tôt d’y reconnaître la main du maître de Giverny.

De tels grands écarts concernant des œuvres prestigieuses ne sont d’ailleurs pas toujours pratiqués à partir de motivations suspectes.

La certitude concernant l’attribution d’une œuvre est d’autant moins aisée qu’il s’agit souvent de distinguer ce qui provient de la main du maître de celle de son entourage où l’élève suiveur peut quelques fois se montrer aussi inspiré que son professeur.

Quant aux contrefaçons, certaines sont composées avec une telle maîtrise (matériaux compris) que la supercherie ne doit pas être aisée à déceler par ceux qui sont investis d’une mission qui ne souffre pas l’approximation.

Question souvent posée : la qualité du regard n’étant pas héréditaire, les héritiers de l’artiste sont-ils plus crédibles pour se prononcer sur l’œuvre familiale ; une émotion ou une sensibilité partagée peut-elle se substituer à une étude professionnelle, technique ou scientifique ?

Depuis quelques années l’infrarouge, la radiographie, la microscopie sont venus en renfort de l’œil de l’expert.

Une collaboration plus soutenue entre scientifiques, restaurateurs et historiens permettra de se prononcer sérieusement et plus sûrement entre le vrai, le faux ou le probable.

A bientôt,

 

Michel GOMEZ

Président du SNCAO-GA

 

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