De mémoire de marchand notre commerce a rarement été confronté à une telle stagnation et de façon si durable. Même les plus expérimentés d’entre nous portent un regard inquiet sur le rythme de nos affaires qui reste figé à un niveau très bas. Les causes sont multiples. Il en est quelques unes que nous avons souvent évoquées.

• La réduction sensible de notre patrimoine en raison du très grand intérêt que les pays voisins ont toujours porté sur les créations françaises.

• Notre fiscalité qui a toujours fragilisé le commerce de l’antiquaire, du brocanteur ou du galeriste.

• Les jeunes générations qui se détournent massivement du mobilier et de l’objet ancien. Leur attirance les conduit ailleurs et s’affirme surtout pour le contemporain. Leur centre d’intérêt est l’immobilier auquel ils donnent un sens à travers un aménagement très dépouillé : un salon aux murs blancs, deux canapés ton ivoire, un grand écran plasma et deux ou trois œuvres de Picabia, Tanguy ou Calder exposées en Cimaise. Puis le commerce traditionnel qui est conduit bien malgré lui à abandonner une grande partie de son savoir-faire au bénéfice de millions d’internautes en quête de curiosité, d’évasion et de gains faciles.

Voilà donc le constat préoccupant que les circonstances nous imposent.

Nous connaissons tous l’existence des différents styles qui se sont succédé au cours du dernier millénaire grâce au talent créateur d’ornemanistes, d’architectes et de tant d’autres artistes de génie qui sous couvert de l’indispensable protection politique et financière des grands décideurs du moment ont permis que chaque période de l’histoire laisse définitivement son empreinte artistique aux générations futures.

Puis bien au-delà de l’imagination des grands créateurs il y eut toujours d’autres influences déterminantes, elles aussi, liées à l’histoire du moment. Les guerres de religion, les conquêtes militaires, l’inspiration de l’antique, la notion de grandeur nationale ont fait partie de ces influences. Il en est une qui est constante et déterminante, c’est l’évolution de la société.

Or cette évolution correspond à un changement profond de notre mode de vie, de nos préférences et bien sûr de nos goûts, de nos tendances et finalement de nos choix.

De tout temps, l’émergence d’un style nouveau s’est toujours exprimé selon les aspirations de la société dominante simultanément par le rejet de ce qui existait et par l’adhésion à des concepts nouveaux.

En tant qu’acteur du marché de l’art et comme chacun d’entre nous, j’observe que les notions de nostalgie du passé et de témoignage de notre histoire sont devenues obsolètes.

Aujourd’hui, une ligne maîtresse de l’art contemporain n’est pas encore très bien définie mais peut-être qu’un new style est dans l’attente de pouvoir s’affirmer dans les prochaines années. Après avoir observé quelques signes annonciateurs au début des années 2000 et régulièrement confirmés depuis, nous déplorons aujourd’hui que l’étoile des merveilleuses créations du passé soit un peu ternie dans l’esprit du public.

Mes Cher(es) Collègues, bien que notre profession soit confrontée à une phase de grande mutation, j’espère que 2007 nous sera favorable à tous.

Michel GOMEZ

Président du SNCAO

Partager :